Un simple Panneau "passage piéton" : pas si banal que ça

Les panneaux routiers, rien de plus banal ?  Pas si sûr quand on voit leur évolution. Debout sur le bord de nos routes, ils sont les témoins de notre société et de nos modes de vies. Les panneaux nous sont tellement proches qu’ils nous ressemblent, à leur manière.


Sur la route on n’est jamais seul, pour nous tenir compagnie il y a toujours sur le bord de notre chemin de petits pieux ornés d’un triangle, d’un rond, ou d’un rectangle. Ces panneaux qui nous indiquent notre chemin ont sauvé bien des âmes perdues. Ce ne sont pas des simples plaques d’aluminium, ce sont aussi des miroirs. Ils reflètent notre temps, notre mode de vie. Ils évoluent comme évoluent notre société, en oriflamme des temps modernes.

Panneaux de Vitesse

Les panneaux de signalisation routiers, montrent l’évolution du trafic routier dans un pays. Plus il y en a, et plus les habitants se déplacent, souvent, loin, et rapidement. Les panneaux accompagnent l’accélération du mouvement. Prenons le premier congrès international de la route à Paris, il devait servir aux pays industriels à mettre en place une réglementation signalétique international homogène. Si cette réunion a été un échec, elle reste le symbole du développement des échanges commerciaux importants en Europe.

Il fallait à cette période trouver un accord pour permettre aux routiers de s’orienter partout sur le continent. Les panneaux au cœur des débats des sociétés capitalistes. Sans panneaux pas de direction, sans direction pas de transport, sans transport pas de commerce et sans commerce pas de société capitaliste moderne.

La taille des panneaux s’adapte, elle aussi, à cette évolution. Les moteurs des voitures poussant toujours à des vitesses supérieurs, les panneaux se sont agrandis, les lettres aussi, les poteaux allongés. Après 1981, les panneaux sont passés de 1m de hauteur à 2m30. Sur la voie express les potence atteignent des dimensions démesurées pour que les automobilistes les voient de loin, et plus rapidement. Et leur prix atteint des fortunes. Une potence d’autoroute : 25 000€ l’unité.

Direction : la mondialisation

Les débuts d’une réglementation internationale avant même la Société des Nations. Ces tentatives d’harmonisation des signalétiques va accompagner toutes les constructions supranationales comme l’ONU ou l’Union Européenne. Pour le moment les tentatives ont toujours plus ou moins échoué. La plus aboutie reste la signalisation de l’UE. Plus les pays se rapprochent et plus les panneaux deviennent sujet à débat.

Un objet tellement présent dans nos vies qu’il est question de fierté nationale. Qui serait d’accord d’abandonner les lignes blanches pour satisfaire les touristes et routiers américains habitués aux lignes jaunes ?

Un panneau en Corse avec une signalétique bilingue français-corse crédits photos :http://www.flickr.com/photos/cercamon/3746506616/sizes/m/in/photostream/

Panneaux Culturels

Les panneaux sont porteur d’histoire, un lieu dit « Toull al Lazher », évoque toute une histoire, on imagine un conte autour de ce nom qui signifie « trou du voleur » en breton. Habitait-il là, l’a t-on enterré à cet endroit ? Ce panneau visible au début du 20ème siècle aura surement laissé sa place à « impasse des genêts » lors du changement des noms traditionnels par des noms en français. Symbole de la domination d’une culture sur une autre. La ré-émergence des panneaux en breton, avec des panneaux bilingues breton-français, ou sur l’île de beauté, corse et français, traduisent la tendance inverse.

Une envie de renouer avec un passé pour ces populations. Les panneaux sont là aussi au cœur de la lutte. Les militants du groupe Aï’ta en Bretagne ont pour premier objectif la traduction des panneaux en breton Pourquoi un tel objectif ? Pour eux, les panneaux sont un symbole visible à tous, accessible et facile à obtenir.

La langue n’est pas seul à faire évoluer les panneaux selon les lieux. Les panneaux au Canada ou en Russie s’adaptent au climat. Pas d’aluminium dans les régions les plus froides, la signalétique reste en bois. Avec le gel le bitume se fissure, les panneaux tombent, s’envolent. On met donc des panneaux bon marché, comme ils sont à changer tous les hivers. Les panneaux « attention hippopotame » n’existe eux que dans certains pays, pas sûr qu’on en trouve des pareils au Trégor. L’apparition des panneaux noirs, signalant un mort sur les routes, accompagnent là aussi l’évolution des mentalités.

Panneaux Technologiques

Alors que notre société a adopté comme nouvelle religion, le culte de la vitesse, les panneaux deviennent de plus en plus sophistiqués. Exemple : les premiers panneaux français en fonte, en 1835. Symbole de la découverte d’un nouveau matériau et du développement de plus en plus fort des échanges commerciaux. Les panneaux en fonte viennent à la suite des panneaux en pierre, en bois, et précèdent ceux en fer, en métal, et maintenant en aluminium.

Chaque évolution technologique se traduit par une évolution des panneaux. Résistance au vent, film rétro-réfléchissant, plot-éclairant, lettrage pour une lecture optimal à 90km/h, à 50km/h. Tout est calculé jusqu’au mètre cube de goudron utilisé pour fixer les panneaux. Qui aurait cru que la signalétique des petits panneaux qui habillent nos routes soit aussi recherchée. Les panneaux sont au centre des évolutions marchandes, linguistiques, culturelles des pays. Après ça, les panneaux toujours aussi benêts ?

Tudi Crequer