Bien avant l’arrivée des trains et encore plus des avions avec l’aéroport de Servel, bien avant la construction de la quatre voies et de la mise en place d’un réseau de bus, on arrivait à Lannion … en bateau !


Jusqu’à la seconde guerre mondiale, existait à Lannion un port très actif, non sur la mer mais sur le fleuve du Leguer.

Situé en centre ville, celui-ci va, dans l’histoire lannionnaise, largement contribuer à l’essor de la ville. A la fois au niveau des transports, puisqu’il permettra à Lannion d’être joint de n’importe quel port, mais aussi au niveau commercial, permettant de développer l’importation et l’exportation par voie maritime.

Du vin, des fruits et du chanvre

Dans un entretien à Ouest-France, André Le Person, spécialiste du port et auteur d’un livre intitulé « Lannion, un port sur le Léguer » explique que l’âge d’or du port lannionnais va se situer, un peu comme la plupart des ports bretons de l’époque, vers la fin du Moyen-Âge, « à une époque où les marins bretons assuraient une grande partie du commerce maritime en Manche et en mer du Nord. Le port de Lannion va se développer énormément à partir du XIVe siècle, et pendant tout le XVe siècle. Au niveau des produits, les navires lannionnais vont principalement assurer le transport de vin de Bordeaux et de La Rochelle, du vin et des fruits d’Espagne, des draps et des laines d’Angleterre, des bois du Nord, du goudron des Flandres et du sel de Guérande et du Croisic, et exporter des céréales du Trégor, du lard, du beurre, de la cire et des cuirs. Au XVIIIe siècle, on exportait aussi beaucoup de chanvre trégorrois ».

Le duc d’Aiguillon, alors lieutenant-général du roi en Bretagne, fait construire les quais en 1762-1764, permettant une meilleure accessibilité au port. Aujourd’hui, le quai d’Aguillon existe encore, mais seulement par le nom. Presque aucune trace ne laisse présager de l’existence d’un port à l’époque. L’activité marchande va continuer à se développer par le biais de ses importations, qui animeront le marché de Lannion chaque jeudis.

Derrière St-Brieuc

En 1881, le chemin de fer va cependant faire son arrivée dans la cité bretonne. Nouveau moyen de transport, plus rapide et plus prisé par la population, ce dernier va faire baisser l’impact du port lannionnais. Les bateaux vont évoluer aux alentours du XIXe siècle, devenant beaucoup plus gros et rendant donc l’accès au port par le Leguer plus compliqué. Et comme le précise André Le Person, toujours pour Ouest-France, faute d’investissements dans des infrastructures portuaires,  la ville ne pouvait plus rivaliser avec Saint-Brieuc qui captait les principaux investissements.

Pour Alan Tudoret, professeur de civilisation bretonne et d’histoire à Lannion, l’après seconde guerre mondiale va coïncider avec l’arrêt de l’activité portuaire: « L’arrivée de nouveaux moyens de transports à cette époque, comme le train ou la voiture va rendre le petit port de Lannion, un peu obsolète. » La ville de Lannion va surtout investir dans la télécommunication au détriment peut être de la zone portuaire, induisant peu à peu la fermeture du port.

Pendant quelques années, seuls les sabliers vont continuer à faire vivre le port, avant l’arrêt total de l’activité au début des années 90.

Aujourd’hui, le port de Lannion n’existe plus. Cependant, comme le souligne l’hebdomadaire Le Trégor, la volonté de reconstruire un port à Lannion est toujours présente. Alors que 3 projets d’aménagement du port de Lannion n’ont jamais aboutis, la municipalité est revenue en septembre sur le dossier, avec la volonté de développer le tourisme.